LES VITRAUX DE L’EGLISE DE BELLOU SUR HUISNE
L’ATELIER LEDIEN-BAZIRE 1856-1915

Saint Paterne
L’inventaire systématique du vitrail du XIXè siècle réalisé dans
l’Orne a fait apparaître, aux côtés de verriers réputés tels Duhamel-Marette d’Evreux,
Champigneulle de Metz ou Lorin de Chartres, la signature récurrente de l’atelier argentanais Ledien-Bazire, dont l’activité
s’étend de 1856 à 1915 environ et dont l’abondante production s’avère aisément
identifiable. De manière étonnante l’existence même de cet atelier est restée inconnue des Ornais et il
semble bien que la ville d’Argentan ait perdu la mémoire d’une entreprise artisanale qui a connu un rayonnement
régional, national et international.
Deux frères, Alexandre et Amédée Ledien, nés respectivement en 1813 et en 1819 après un parcours original
(ils étaient tous les deux dans l’enseignement) se trouvent à l’origine de l’atelier. Alexandre,
après avoir obtenu son brevet supérieur d’instituteur suivit des cours de dessin et de peinture à Paris, auprès
du baron Charles Steuben, lui même élève de Gérard et Prudhon.

Saint Louis
Revenu à Argentan, il occupe la chaire de français au collège, y
joint celle de dessin et parfait la formation d’Amédée qui devient instituteur au Sap puis à Almenêches.
Les deux frères décident alors de se lancer dans la fabrication de verrières.
Ils se rendent à Paris où l’Ornais Philippe de Chennevières, inspecteur des
Beaux-Arts, les introduit dans plusieurs établissements.
Après une formation rapide, ils s’installent et en 1856 exécutent une première verrière cuite sans four.
1857 est une année d’essais au cours de laquelle ils produisent un chemin de croix pour l’église de Cork
en Irlande et des verrières pour Atlone et Roscomonn en Islande.
Ils conçoivent l’ensemble de la vitrerie de Bellou-sur-Huisne en 1858.
En 1859, ils participent au Salon avec le projet de construction de la chapelle du couvent de Briouze
et fournissent des verrières pour la cathédrale d’Autun.
Ils voyagent en Irlande pour poser leurs verrières en 1860 et reçoivent une commande pour la cathédrale de Pittsburgh.
Devant l’extension de leur fabrique, Alexandre décide de s’installer à Caen en 1861, mais meurt
peu de temps après son arrivée.
Le programme iconographique qui permet aux verriers d’exercer leur originalité est sans conteste celui qui met en exergue les cultes locaux.
L’absence de modèle académique contraint à une véritable création comme à
Bellou-sur-Huisne où en 1858 les premières verrières recensées de Ledien dressent la nomenclature
des cultes spécifiquement percherons : saint Latuin, premier évêque de Sées, et saint Julien,
premier évêque du Mans, sont réunis avec une scène de translation de reliques ; Notre-Dame de
Longny et Notre-Dame de Bellême, les deux principaux sanctuaires mariaux percherons, sont représentées.

Sainte Ceronne – Saint Laumer
L’atelier, dirigé par Amédée, continue ensuite à
fonctionner à Argentan avec le concours du peintre Charles Gislain.
L’activité se poursuit régulièrement jusqu’en 1885 date à laquelle Amédée
Ledien cède son atelier en viager à son principal collaborateur depuis plus de vingt ans, Jules Emile Bazire.
En effet, ses deux enfants sont morts et l’unique fils survivant de son frère est devenu prêtre.
Il meurt à Argentan le 1er juillet 1886.
D’Emile Bazire nous ne savons presque rien : seules quelques dates nous
fournissent quelques repères biographiques, un peu secs.
Lorsqu’il reprend l’atelier en 1885, on sait qu’il travaillait déjà
depuis plus de vingt ans avec Amédée Ledien.
Mais en l’absence d’éléments sur sa formation, rien
ne permet de lui attribuer la paternité de certains cartons.
On sait également qu’à l’occasion de créations de vitraux pour des églises classées
Monuments Historiques comme Saint-Germain ou Saint-Martin d’Argentan, l’atelier se borne à exécuter les cartons
dessinés par l’abbé Polart, peintre à Paris.
Plusieurs manières coexistent donc, certaines verrières figurant les sujets avec habileté, d’autres avec
beaucoup plus de sécheresse et de raideur.
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